En Inde, la relance de l’économie sera le premier défi du gouvernement Modi

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Construction d’un centre d’éducation dans l’Etat du Gujarat, en 2013. AMIT DAVE/REUTERS

Après le triomphe électoral, le miracle économique ? Les milieux d’affaires ont été les premiers à saluer, vendredi 16 mai, la victoire de Narendra Modi. L’indice Sensex de la Bourse de Bombay bondissait de plus de 5 % dans la matinée et la devise indienne est à son plus haut niveau depuis onze mois.

Cette euphorie des marchés était attendue : tout au long de la campagne électorale, les cours de la Bourse ont suivi la trajectoire des courbes de sondage du candidat nationaliste hindou. Les investisseurs, inquiets des mauvaises performances de l’économie indienne, exaspérés par un premier ministre en mal d’autorité, espéraient un changement. Les voici rassurés.

A la différence de Manmohan Singh, qui devait passer chacune de ses réformes sous les fourches caudines de la coalition et du Parti du Congrès, M. Modi dispose à lui seul de la majorité pour gouverner et accélérer le rythme des réformes.  » Il va pouvoir choisir lui-même ses ministres, et son cabinet  aura la haute main sur les affaires économiques « , prédit Milan Vaishnav, du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace, basé à Washington.

 » Le développement est le seul médicament pour traiter les problèmes de l’Inde « , a déclaré, vendredi, le nouveau premier ministre, dont la priorité affichée est le redressement d’une économie moribonde.

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Et, pourtant, même les astrologues indiens ont bien du mal à deviner quel sera l’agenda des réformes. Les journaux du pays évoquent la création d’une TVA uniforme sur tout le territoire et une réforme du droit du travail pour offrir davantage de flexibilité. Le manifeste publié au premier jour des élections avait aussi promis la construction de cent villes. Seule certitude, l’esprit  qui guidera ces réformes, résumé dans ce slogan maintes fois répété pendant la campagne :  » le gouvernement minimum, la gouvernance maximum « .

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L’Inde vient-elle d’élire à sa tête un Reagan, comme l’affirment certains analystes ? Le pays est sorti, il y a seulement vingt-trois ans, d’une économie administrée où les usines devaient obtenir une autorisation du gouvernement pour augmenter leur production. Le secteur public occupe encore une place prépondérante dans l’économie du pays. Un Reagan en Inde sera donc toujours moins libéral qu’un Reagan aux Etats-Unis.

Et toutes les annonces de Narendra Modi ne vont pas dans le sens de la doxa libérale.

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Dans le Gujarat, un guichet unique pour les investisseurs a été mis en place et les entreprises du pays ne tarissent pas d’éloges. Mais ses adversaires dénoncent l’existence d’un capitalisme de connivence qui favorise certaines entreprises au détriment d’autres. M. Modi est l’ami des entreprises, davantage que du libre marché.  » Le nouveau premier ministre n’est pas Superman et il va vite être confronté à de nombreux et nouveaux obstacles « , tempère Milan Vaishnav.

Le modèle du Gujarat est difficilement transposable à l’échelle de l’Inde. On ne réforme pas le droit du travail, on ne réduit pas le déficit comme on inaugure un parc d’éoliennes ou une usine automobile. Narendra Modi devra composer avec des institutions indépendantes telles que la Banque centrale indienne, une chambre haute du Parlement qui n’a pas encore été emportée par la vague safran et, surtout, des Etats fédéraux dont les pouvoirs se sont accrus au cours de ces dernières années. Malgré le triomphe électoral, le chemin des réformes risque d’être long et tortueux.

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Julien Bouissou

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