Soni Sori, candidate orpheline de la démocratie indienne

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Dantewada (Chhattisgarh) Envoyé spécial
La militante des droits de l’homme dénonce la répression policière

soni sori

L’Inde, plus grande démocratie du monde ? Soni Sori esquisse un sourire amer, puis sa mine s’assombrit. A 39 ans, elle l’attend depuis longtemps, cette démocratie, dans la circonscription de Bastar déchirée par la guérilla, où elle est cette année candidate aux législatives. Elle a passé deux ans et demi en prison avant d’être innocentée de 7 chefs d’accusation.

Le huitième et dernier verdict est attendu pour bientôt. Selon elle, la police l’a torturée, en vain, pour la forcer à avouer sa complicité avec la rébellion naxalite, un groupe armé d’obédience maoïste, qualifié par le premier ministre Manmohan Singh de  » plus grande menace intérieure «  et qui occupe un  » corridor rouge «  s’étendant de l’ouest jusqu’au nord-est du pays.

 » Oui, j’ai rencontré des naxalites. Oui, je les ai convaincus de ne pas détruire l’école où j’enseignais. Non, je ne suis pas naxalite « , répète-t-elle. La jeune femme vit dans une petite pièce au confort spartiate, avec ses trois enfants. Elle fait le récit de sa fuite à travers la jungle, de son arrestation et des sévices sexuels qu’elle a subis, d’une voix posée, les épaules droites. Soni Sori est un bloc de colère, de détermination et de courage.

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Là où la terre vaut des millions de dollars, les habitants meurent du paludisme ou de la diarrhée. Il y a, dans la région, neuf médecins pour des centaines de milliers d’habitants. Alors quand on tombe malade à Bastar, on prie.  » Il faut protéger la forêt. Elle est notre vie, on dépend d’elle, lance Soni Sori. Les naxalites veulent la protéger, mais pourquoi choisissent-ils la violence ?  » La jeune candidate souhaite que les populations tribales se réapproprient leurs terres.

Soni Sori sait déjà qu’elle va perdre les élections, dont les résultats seront connus vendredi. Elle n’a pas le soutien financier des entreprises minières ou de leurs sous-traitants. Elle n’a distribué ni chèvres ni alcool pour gagner des voix. Rencontrer les électeurs n’a pas été facile.  » Dès qu’elle est arrivée pour nous parler, on s’est enfuis dans la forêt, de peur des représailles des naxalites. Ils nous ont prévenus qu’ils nous couperaient la main si on allait voter « , chuchote un habitant d’un village contrôlé par la rébellion.

Qu’importent les résultats du scrutin. A Dantewada, ce ne sont pas les élections qui vont restaurer la démocratie. Bien au contraire. En ces jours de scrutin, la région compte un soldat pour 38 à 50 électeurs. A Bastar, la démocratie viendra peut-être de cette femme de Dantewada, qui dénonce haut et fort les violations des droits de l’homme. Le combat est risqué. Les naxalites ont prévenu, lors d’une réunion publique, qu’ils la tueraient au lendemain des élections. Soni Sori dit craindre la police encore davantage. Puis, après un moment de silence, elle hausse les épaules  :  » Pourquoi avoir peur ? La vie ici ressemble déjà un peu à la mort. « 

Julien Bouissou

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