Aux sources du Gange

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Y a-t-il eu un miracle ? L’énorme rocher qui est posé à l’arrière du temple de Kedarnath est couvert des mêmes guirlandes d’œillets que celles qui en décorent la façade, et la foule se recueille aussi devant lui. Le 15 juin 2013, quand des torrents d’eau venant du lit débordant de la rivière Bhagirathi ont ravagé la vallée, le rocher a protégé le temple, détournant de lui la colère des flots. Autour, les traces du désastre sont encore visibles.

Les maisons effondrées cachent des meubles en miettes dans leurs entrailles, des morceaux de mur pendent au-dessus du gouffre. Devenus inaccessibles, des villages fantômes se dressent, en ruine. Les sentiers sont éboulés, camions et voitures se croisent avec difficulté sur des routes qu’en nombre pléthorique des ouvriers essaient de redresser avec un manque de moyens et d’outils consternant. On évoque 6 000 victimes, mais chacun sait qu’il y en a eu bien plus.  » On parle beaucoup du réchauffement climatique. Il y a eu aussi une grande part d’irresponsabilité humaine « , accuse Anshu Gopté, fondateur de l’ONG Gooj.

Les pèlerins continuent pourtant de défiler nombreux à Kedarnath. Pour venir, ils ont affronté 1 500 mètres de dénivelé sur un chemin long et souvent éboulé. Parmi eux, on trouve des enfants, des jeunes femmes, des vieillards claudicants, beaucoup de familles. Les plus fortunés ont des porteurs, d’autres montent quasiment pieds nus.

 

Dans cette mosaïque de religions qu’est l’Inde, la montée aux sources du Gange est, pour les hindous, presque une obligation. L’Etat de l’Uttarakhand, où elles se trouvent, abrite aussi de nombreux lieux saints, qui attirent tous les ans des milliers de fidèles venus accomplir le Char Dham Yatra, un pèlerinage consistant à se rendre dans quatre temples difficiles d’accès entre mai et novembre. Kedarnath est l’un d’entre eux, avec Yamunotri, Badronath et Gangotri.

aux sources du gange

Gangotri, situé beaucoup plus haut dans l’Himalaya, au pied des premiers 6 000 mètres, se serre autour d’un pont suspendu sur les deux rives de la Bhagirathi. Dans son temple, tous les jours, à 19 h 30, le prêtre Rawal célèbre la  » pooja « , une prière que seule sa famille a le droit de prononcer ici. Il loue la déesse Ganga, descendue sur terre sous forme d’eau, et lui offre des nourritures symboliques. Le tambour, symbole de Shiva, résonne. Le feu, symbole d’éternité, est montré, les pèlerins sont aspergés d’eau.

Le Gange, qui prend son nom plus bas, à Devaprayaga, quand la Bhagirathi se mêle au torrent Alaknanda, accueille lui aussi, sur ses rives, villes de pèlerinage et cérémonies. Le décor est à chaque fois le même : de grands escaliers en bord de fleuve, le  » ghat « , qu’envahissent les pèlerins avides de s’immerger, accrochés à des chaînes tendues le long des berges pour éviter que le plongeon rituel (trois fois de suite, tête comprise, ce que la fraîcheur de l’eau rend tout à fait méritoire) ne tourne au drame, le courant étant très fort.

Hubert Prolongeau© Le Monde

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