Un viol suivi de pendaison illustre le martyre des indiennes de basse caste

 dans News Inde

New Delhi Correspondance
Agressées sexuellement dans leur village, deux jeunes intouchables ont été retrouvées pendues

viol

 

 

 

L’image sordide s’est répandue à toute allure sur les réseaux sociaux : une assemblée de villageois calmement assis autour de deux adolescentes pendues aux branches d’un manguier. La scène s’est déroulée dans un petit village d’Uttar Pradesh, l’un des Etats les plus pauvres d’Inde, miné par les conflits entre castes. L’autopsie a révélé que les deux jeunes filles de 14 et 15 ans avaient été violées avant leur mort, dans la nuit du mardi 27 mai au mercredi.

Les villageois ont attendu, devant les corps suspendus des victimes, l’arrivée des journalistes et des caméras pour faire pression sur la police qui s’est finalement décidée, une dizaine d’heures plus tard, à arrêter les suspects. La veille de la découverte des corps, des policiers avaient insulté, et renvoyé chez lui, le père de l’une des victimes, lorsqu’il était venu signaler la disparition de sa fille.

Les familles accusent la police d’avoir voulu épargner les suspects issus, comme eux, de la caste des yadavs. Une centaine d’étudiants sont descendus dans les rues de Delhi, vendredi, pour demander au gouvernement de sanctionner les policiers. Deux agents ont été mis à pied et deux des trois suspects, arrêtés.
Les femmes issues des basses castes sont les damnées des damnés de l’Inde. Elles doivent subir, souvent en silence, violences et discriminations. La liste est longue : prostitution forcée, violences domestiques, viols, négligences en matière de soins médicaux, malnutrition, illettrisme ou avortement sélectif. L’une des rares études publiées sur le sujet, en 2006, par la Campagne nationale pour les droits de l’homme des intouchables (NCDHR) donne un aperçu de l’ampleur de cette tragédie : sur 500 femmes issues de la caste des intouchables, une sur deux déclare avoir subi des agressions sexuelles. Les auteurs de l’étude citent même l’exemple de parents qui marient leur fille dès l’âge de 5 ans de peur qu’elle soit violée et ne trouve plus d’époux.

Les lois existent, mais la justice n’est qu’un rêve lointain pour ces femmes souvent très pauvres.

Ces femmes s’exposent aussi aux représailles des castes supérieures. Jeudi soir, la mère d’une victime de viol a été battue et déshabillée en public dans l’Uttar Pradesh après que sa fille, de basse caste, a porté plainte.  » Le viol ou toute autre forme de violence sont des armes utilisées comme punition pour avoir transgressé l’ordre établi « , analyse Namrata Daniel, de la NCDHR. Les victimes sont donc nombreuses à choisir le silence.

Elles ont contre elles une société patriarcale et un Etat incapable de protéger leurs droits.

Vendredi, la ministre chargée de l’enfance et des femmes, Maneka Gandhi, a annoncé la création d’une cellule de crise pour venir en aide aux familles des deux adolescentes.  » Le laxisme de la police est également responsable de l’incident qui a conduit à – leur – mort « , a reconnu Mme Gandhi.

Julien Bouissou

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http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20140601/html/1146269.html

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