Epidémie de baisers en public à travers l’Inde conservatrice

 dans News Inde

Le journal Time of Mumbaï s’interroge: «on peut faire pipi en public, alors pourquoi pas s’embrasser?» DR

baiser

C’est une vague de baisers qui déferle sur l’Inde. Ce pays, aux mœurs généralement prudes, est secoué par un mouvement appelé Kiss of Love, « le baiser de l’amour ». Des manifestations originales et polémiques pendant lesquelles des centaines de personnes se retrouvent pour s’embrasser en public. L’objectif est de dénoncer la répression morale menée par des groupes d’extrême-droite contre tout signe public d’affection.

Avec notre correspondant à New Delhi, Sébastien Farcis

L’événement déclencheur a été le sacage, la semaine dernière, d’un bar d’une petite ville du Kerala, dans le sud du pays, par des membres du BJP, le Parti nationaliste hindou au pouvoir au niveau national. Ils accusaient ce lieu de tolérer des actes indécents, comme des embrassades et des baisers de jeunes couples.

Pour protester contre cette attaque, un groupe appelé les « Libres penseurs » a organisé cette première manifestation de baisers, à Cochin, dimanche dernier. Un évènement qui a tourné court car plus d’une trentaine d’entre eux a tout de suite été arrêtée par la police, dans le but, ont dit les agents, d’éviter tout affrontement avec des groupes hindous et musulmans présents sur place.

Depuis, des événements similaires se sont déroulés dans les facultés de Bombay et d’Hyderabad où l’on a pu voir des couples, des amis, ou même deux femmes s’embrasser, sur les joues ou la bouche.

Des baisers qui déclenchent des passions

En Inde, les signes d’affection en public sont encore tabous et rares. A Bombay, par exemple, les couples vont s’isoler sur les rochers, au bord de l’eau, le soir, pour s’embrasser, avec le risque de se faire emporter par les vagues. Ou alors ils s’asseoient sur des motos le long des autoroutes. Autant dire faire fi de tout romantisme…

Les jeunes Indiens cherchent à briser ce carcan traditionnel et réclament à présent le droit de disposer de leur corps dans l’espace public, en s’habillant en jupe ou en jean pour les femmes, par exemple. Et d’exprimer leurs sentiments, sans pudeur ni honte.

Les groupes conservateurs affiliés à la droite parlementaire s’opposent à cette affirmation individuelle en soutenant que l’espace public doit rester moral et qu’il faut préserver la culture indienne des pseudo « néfastes influences occidentales ». Ils s’appuient pour cela sur une police qui répond habituellement aux ordres du pouvoir en place – donc aujourd’hui, aux conservateurs du BJP et à ses alliés.

Plusieurs manifestants ont ainsi été arrêtés il y a deux jours à Hyderabad et accusés par la police « d’actes obscènes », utilisant une loi qui date de l’époque coloniale et qui punit leurs auteurs de trois mois de prison maximum.

Des baisers contagieux

C’est l’objectif : mercredi, une manifestation de baisers a eu lieu à Calcutta, soit à l’extrême opposé du Kerala, son point de départ. Les organisateurs essaient maintenant de créer une contagion à travers les universités de New Delhi, Bombay et autres. Le soutien est en tout cas manifeste sur les réseaux sociaux : près de 100 000 personnes ont déjà « aimé » la page facebook de Kiss of Love.

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20141107-inde-baisers-kiss-love-conservatrice-reseaux-sociaux-facebook/

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