L’Inde se lance dans une grande campagne de promotion son industrie et son secteur des services en simplifiant les démarches d’investissement.

 dans News Inde

Le « choc de simplification » n’est pas qu’une démarche française. Lancée le 25 septembre dernier par le premier ministre Narendra Modi, la campagne « Make In India » a pour ambition de promouvoir l’Inde comme un « hub » d’investissements et d’innovations, principalement dans les secteurs secondaire et tertiaire.

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L’objectif est clair : simplifier les démarches administratives et juridiques, protéger la propriété intellectuelle, et rendre le gouvernement plus transparent et réactif. 25 secteurs sont prioritairement mis en avant allant de l’automobile, à la construction en passant par les médias, l’IT, le tourisme, le textile ou les énergies renouvelables. Sur le site internet mis en place sont détaillées toutes les démarches du gouvernement avec une réponse assurée en 48 heures.

Dans un pays classé en 142e position (sur 189) à l’index Ease of Doing Business de la Banque Mondiale, cette démarche est plus qu’une nécessité. Par ailleurs, avec une population de 800 millions de personnes de moins de 35 ans, l’arrivée de 12 millions de jeunes par an sur le marché du travail et avec une capacité à créer uniquement deux millions d’emplois chaque année (d’après l’Indian Staffing Federation), le gouvernement marque son ambition de vouloir réformer l’Inde et de lui redonner une attractivité.

Bien que volontariste, la mise en œuvre de « Make in India » ne sera pas simple, et ce pour quatre raisons :

1- Les lois régissant la protection du travail sont encore très opaques et prohibitives. Il n’existe pas moins de 16 « central labour laws » (pouvant remonter à 1923) qui sont amendées ou non au gré des 29 États de l’Union indienne. Dans le domaine prioritaire de l’industrie, l’ »Industrial Dispute Act » de 1947 spécifie par exemple que toute entreprise de plus de 100 salariés a besoin de l’accord du gouvernement pour licencier.

2- L’acquisition d’un terrain a été rendue encore plus complexe suite à la loi de 2013 mise en place par l’ancien gouvernement (Right to Fair Compensation and Transparency in Land Acquisition, Rehabilitation and Resettlement Act). Désormais, le temps estimé par les experts pour acheter un terrain pour des projets industriels est estimé entre cinq et huit ans. Arcelor Mittal en a fait les frais en annulant l’année dernière la construction d’une aciérie de 12 millions de dollars dans l’Orissa après sept années de retard et de contraintes dans l’acquisition d’un terrain.

3- Concernant la question de la propriété intellectuelle, un long chemin reste encore à faire pour rassurer les investisseurs. Une étude des professeurs Berndt et Cockburn montre, par exemple, que la moitié des médicaments qui entrent sur le marché indien sont copiés dans l’année (et 85 % sur trois ans).

4-  « Make in India » prend assez mal en compte la structure économique de l’Inde. Le déficit d’infrastructures reste le principal goulet d’étranglement du pays – qui a notoirement sous-investit dans le secteur – et peut limiter rapidement les velléités de créer un « hub ». Hormis les réseaux de transport sous-dimensionnés et mal entretenus, l’Inde doit faire face à un déficit énergétique chronique de  l’ordre de 5,1 %. Une récente enquête estime à 23 % la perte entre la production et l’acheminement de l’électricité, une des plus importantes au monde.

Les coupures de courant sont donc légion, surtout dans certains États comme le Telangana (Hyderabad) et le Tamil Nadu (Chennai) dont les décisions politiques ont été particulièrement inefficaces. Par ailleurs, principalement centrées sur les investissements étrangers et sur les grandes entreprises, les initiatives du projet oublient partiellement les PME indiennes qui réalisent 17 % du PIB (source IBEF India 2011) et composent 90 % du secteur industriel.

En outre, 93 % de personnes travaillent encore dans le secteur informel (Ministère des Finances « rapport sur l’économie »). Il est donc légitime de se demander si ces mesures prendront en compte ces réalités et si les investisseurs ne seront alors pas plutôt tentés par le développement de projets dans les pays de l’ASEAN, plus accueillants.

En redéfinissant les FDI (investissement direct étrangers) comme étant « First Develop India », Narendra Modi se donnera-t-il vraiment les moyens de ce New Deal en faveur des investisseurs ? Son récent blocage des accords de Bali à l’OMC en juillet dernier sur la simplification des barrières douanières pose un doute sur les tensions internes et structurelles auxquelles son gouvernement est toujours soumis.
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-118253-make-in-india-can-india-make-it-1062864.php?5UeSQESxQAmeEOj5.99

 

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