Nokia en délicatesse avec le fisc indien

 dans News Inde

LE MONDE ECONOMIE | Par Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

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Quelques semaines seulement après le lancement de la campagne « make in india » destinée à attirer les investissements étrangers dans le secteur industriel, la nouvelle de la fermeture, samedi 1er novembre, de l’usine d’assemblage Nokia de téléphones portables dans le sud de l’Inde tombe plutôt mal. L’équipementier en télécoms finlandais ne pouvait pas honorer une dette de plusieurs milliards de dollars que lui réclamait le fisc Indien, et souffrait d’une baisse de son activité. Lorsque Nokia régnait sur le marché Indien, en totalisant près de 60% des ventes, son usine faisait travailler près de 8 000 ouvriers. Ils ne sont aujourd’hui plus que 900. Le site, mis sous séquestre par le fisc Indien, avait été exclu de la vente de la division de téléphones portables Nokia à l’américain Microsoft, finalisée en avril, ce qui fait dire au Ministre Indien des Communications Ravi Shankar Prasad que l’usine est morte d’avoir été « orpheline ».

 

Dans la presse Indienne anglophone, c’est une toute autre explication qui est avancée : Nokia est victime de l’Etat Indien. « Les investissements ne peuvent pas être facilement attirés dans un pays où les olki=impôts réclamés ne s’accompagnent d’aucune explication, où les pénalités ne peuvent pas être négociées et où un règlement ne peut pas être conclu dans un délai court et limité » écrit le quotidien Business Standard dans son éditorial. Que fait donc le Premier Ministre Indien élu triomphalement en mai dernier, lui qui avait promis le paradis aux entreprises ? Au-delà des promesses électorales et des slogans de campagne, les mesures structurelles se font attendre, comme si Narendra Modi préférait réformer par petites touches plutôt que de s’enliser dans des réformes impopulaires. Le plafond des investissements étrangers a été relevé dans les secteurs de la défense, des assurances et de la construction mais les industriels réclament un assouplissement du droit du travail pour se développer. De grandes entreprises comme Vodafone, en contentieux avec l’administration Indienne, critiquent aussi le manque de lisibilité de la politique fiscale. Mais Narendra Modi ne peut pas tout. D’abord parce que la politique fiscale, tout comme la politique industrielle est en partie une prérogative des Etats régionaux. En l’occurrence, la fermeture de l’usine Nokia signe en partie l’échec du gouvernement du Tamil Nadu à y développer un pôle électronique. Les entreprises ont préféré se tourner vers d’autres pays comme le Vietnam.

 

Ensuite parce que le rythme des réformes pâtit de la volonté de M. Modi à vouloir tout contrôler, jusqu’à parfois court-circuiter ses propres ministres pour traiter directement avec leurs directeurs de cabinets ou conseillers. En Inde, le bureau du Premier Ministre ressemble de plus en plus aux infrastructures du pays : il se transforme en goulet d’étranglement. Les Ministres, quant à eux, cumulent les portefeuilles. Il n’y qu’à lire l’intitulé exact de Ravi Shankar Prasad : Ministre des communications, des technologies de l’information, du droit et de la justice. Lorsqu’un journaliste du quotidien Business Standard lui a demandé ce qui retenait les étrangers d’investir en Inde, ce dernier s’est voulu rassurant : « A tous les investisseurs étrangers je leur dis : si vous avez le moindre problème venez dans mon bureau ». Là réside sans doute le malentendu. Les investisseurs étrangers qui rencontrent des difficultés préfèreraient peut-être des règles claires et des interlocuteurs responsables, à une visite dans le bureau du Ministre Indien des communications, des technologies de l’information, du droit et de la justice.

Julien Bouissou

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