Lait : quand l’Inde donne des leçons de mise en marché

 dans News Inde

Les 3,5 millions de producteurs de lait de l’Inde, qui sont membres de la coopérative AMUL (Anand Milk Union Limited), reçoivent « au moins 80 % du prix payé par le consommateur à l’épicerie.

lait

par Jean-Charles Gagné – Élevage

Ils y arrivent parce qu’ils contrôlent toute la chaîne de valeur », a expliqué Rupinder Singh Sodhi, directeur général, lors du Sommet international des coopératives, le 8 octobre dernier.

« Nous ne sommes pas à la merci des gros détaillants qui se prennent une forte marge sur les produits offerts dans leurs magasins », a-t-il fait valoir. En plus de contrôler une bonne part de la production laitière indienne, AMUL possède en effet 7 400 points de vente au détail. « Les gros détaillants comme Wal-Mart achètent le lait à nos conditions, sans rabais sur les volumes, a précisé M. Sodhi. Le géant Nestlé est présent en Inde depuis 50 ans, mais c’est AMUL qui dicte le prix du lait. »

De quoi susciter l’envie des agriculteurs de plusieurs pays industrialisés, dont les États-Unis ou le Royaume-Uni, où le retour à la ferme sur chaque dollar dépensé en produits laitiers totalise 38 % et 36 % respectivement, a indiqué le conférencier. Même les producteurs laitiers du Canada sont en reste, bien qu’ils obtiennent un retour envié grâce à la gestion de l’offre. « Les fermiers sont plus exploités ici que chez nous par les grandes chaînes d’alimentation », a noté M. Sodhi, un brin ironique. Le prix aux producteurs membres a progressé de 11 % en moyenne au cours des 10 dernières années.

Classée au 15e rang mondial des transformateurs laitiers, AMUL repose sur 17 000 sociétés coopératives laitières villageoises affiliées à des syndicats de district. Ceux-ci sont à leur tour regroupés en une fédération de lait à l’échelle des États. La coopérative génère un chiffre d’affaires de 3,7 G$ par an et fournit un gagne-pain à 70 % de travailleurs pauvres, a mentionné le conférencier.

AMUL a été la réponse donnée en 1946 par les petits producteurs laitiers alors exploités par la laiterie de Polson, la seule en place. « Les coopérateurs fondateurs, dont l’ingénieur Verghese Kurien, ont été des leaders désintéressés et des visionnaires qui ont mis leurs compétences au service du bien commun », a relaté M. Sodhi. M. Kurien est le père du plus grand programme de développement de la production laitière en Inde, baptisée la « révolution blanche ».

Les producteurs, dont 35 % sont des femmes, viennent déverser leur lait deux fois par jour à la coopérative locale. La qualité et le contenu du lait y sont vérifiés. Le précieux liquide est ensuite transporté vers l’une des 49 usines de district. « Les rentrées de 8 M$ par jour à nos agriculteurs membres empêchent la migration vers les villes et contribuent à l’indépendance financière des femmes », a affirmé M. Sodhi. Les coopérateurs ont par ailleurs accès à des services vétérinaires rapides et à très faible coût.

Pour l’heure, l’environnement ne représente pas un enjeu fondamental pour les producteurs laitiers en Inde. « Les producteurs doivent commencer par nourrir leur famille, par avoir l’estomac plein avant de penser à l’environnement », a d’abord mentionné M. Sodhi. De plus, le fumier produit est acheté comme matériau de cuisson et les millions de sacs de lait en plastique sont recyclés pour fabriquer des tuyaux d’irrigation ou des toitures, a-t-il fait valoir.

Défis

Entre autres défis, l’Inde veut augmenter sa productivité laitière. Hausser de seulement 1 litre par jour la production moyenne actuelle de 2 litres par vache se traduirait par 50 millions de tonnes de lait de plus. « Le marché est là pour l’absorber, car la consommation par personne est relativement faible », a noté M. Sodhi.

L’Inde encourage par ailleurs la création de fermes comportant 30 ou 40 vaches, encore plus rémunératrices, pour inciter les jeunes, mieux éduqués, à demeurer au village.

Le gouvernement indien nourrit aussi le projet d’un recours plus intensif à l’insémination artificielle et d’une meilleure alimentation des vaches.

Le lait constitue une boisson d’avenir pour AMUL. « C’est une boisson tendance et énergisante la plus originale au monde », a conclu M. Sodhi, dont les projections de développement ont fait ouvrir tout grands les yeux des participants.

Écrire un commentaire