Les premiers clignotants anti-Modi

 dans News Inde

Par Guillaume Delacroix

La cote de popularité du Premier ministre de l’Inde a chuté de 18 points ces quatre derniers mois. Les résultats des récentes élections au Jharkhand et au Jammu-et-Cachemire ne sont pas si favorables au BJP qu’ils en ont l’air.

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En Inde, l’homme de l’année 2014 aura sans conteste été Narendra Modi, grand vainqueur des élections générales du printemps et, durant les sept premiers mois de son mandat, Premier ministre de rupture. Rupture par son mode de gouvernance, par son volontarisme politique, par sa présence remarquée sur la scène internationale. Rupture également par l’évocation répétée de l’un des sujets qui tiennent le plus à coeur de la population indienne et qui figurait du reste en tête des promesses de campagne du leader du Bharatiya Janata Party (BJP), le Parti du Peuple Indien : la question sanitaire. Ainsi les deux grands chantiers ouverts par Modi portent-ils sur la construction de dizaines de milliers de toilettes publiques et sur le nettoyage des rues des villes et des villages.

Pour le reste, l’année 2015 va s’ouvrir dans un climat de grande perplexité. Même les observateurs les plus aguerris du sous-continent sont incapables de qualifier l’action de Modi et encore moins de définir sa pensée. Selon R. Sukumar, éditorialiste au quotidien économique Mint, le Premier ministre a beau être “le plus puissant que le pays se soit choisi depuis les années 1970”, personne ne sait si celui-ci croit sincèrement à l’économie de marché ou s’il est simplement populiste quand il promet la lune en matière de relance de la croissance et de maîtrise de l’inflation. Personne ne sait non plus s’il fait confiance à la pensée scientifique ou si, chez lui, la religion l’emporte sur toute autre considération. Personne n’est en mesure, enfin, de dire s’il est visionnaire ou simplement excellent communiquant.

Comme disait le personnage du film La Haine de Mathieu Kassovitz à propos d’un homme tombant d’un immeuble de cinquante étages, “jusqu’ici, tout va bien; jusqu’ici, tout va bien; jusqu’ici, tout va bien”. Et pourtant, ici ou là, des clignotants commencent à s’allumer. D’après un sondage réalisé en décembre par l’institut Fourth Lion Technologies, la cote de popularité de Narendra Modi connaît un sérieux infléchissement. Si les Indiens étaient 86% à approuver son action au mois d’août, ils ne sont plus aujourd’hui que 68%. Il faut dire qu’à l’approche de Noël, les ultras du BJP, encouragés par leur inspirateur idéologique, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), ont ravivé les tensions religieuses en encourageant les conversions de masse à l’hindouisme. Modi s’est refusé à toute prise de position publique sur le sujet, au point que certains commencent à se demander ce qui, du communautarisme ou des réformes économiques et sociales, est la priorité à Delhi.

Les partis d’opposition, eux, ont fait obstruction aux travaux du Parlement, montrant que tout n’était pas gagné d’avance pour Modi. Résultat, les deux textes majeurs que le gouvernement se promettait de promulguer avant la fin de l’année, l’un sur l’ouverture à la concurrence du secteur des assurances aux investissements étrangers, l’autre sur la réattribution des concessions des mines de charbon annulées cet automne par la Cour Suprême, ont du faire l’objet in extremis de deux ordonnances pour contourner le vote de la représentation nationale. Un très mauvais signal pour Modi qui s’ajoute à des résultats en demie-teinte dans les derniers scrutins locaux de 2014.

Certes, le BJP vient de gagner les élections au Jharkhand en obtenant une majorité relative de 37 sièges sur 81, ce qui ne s’était jamais vu depuis la création de cet Etat en 2000. Sauf qu’en pourcentage, le parti du Premier ministre est en net recul par rapport aux législatives du printemps (31% des suffrages en décembre, contre 40% en mai). Au Jammu-et-Cachemire, le BJP est certes arrivé en deuxième position, ce qui est là encore une performance historique. Cependant, il a décroché 25 sièges alors qu’il en espérait 44. Et s’il a rassemblé 23% des suffrages, c’est grâce aux circonscriptions d’altitude, largement dominées par les hindous. Dans la vallée, où les musulmans sont très largement majoritaires, le BJP n’a obtenu que 2% des voix.

http://blogs.mediapart.fr/blog/guillaume-delacroix/281214/les-premiers-clignotants-anti-modi

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