New Delhi de notre correspondant

Après dix ans de tergiversations, l’Inde vient d’instaurer une taxe sur la valeur ajoutée (TVA), une réforme qui a pour but d’harmoniser un système de taxation jusqu’ici très éclaté et de renflouer les caisses publiques, tant au niveau fédéral que régional. Arrivé au pouvoir l’an dernier, le gouvernement, dirigé par le parti du Congrès (centre gauche), a ignoré la grève générale lancée par les associations de commerçants, qui paralysait de nombreux marchés du pays depuis mercredi. Inquiètes de devoir payer plus de taxes, celles-ci espéraient repousser l’échéance fixée au 1er avril.

Rebelles. En passant en force, le parti du Congrès entend poursuivre les laborieuses réformes économiques en cours, malgré son alliance avec les communistes. Depuis samedi, la TVA, dont l’instauration avait été repoussée à cinq reprises, est en vigueur dans vingt des vingt-neuf Etats de l’Union. Certaines régions continuent en effet de refuser la réforme, notamment celles dirigées par le principal parti d’opposition, le BJP (droite nationaliste). Un refus très politique puisque ce même BJP avait lui aussi prévu d’introduire la TVA lorsqu’il était au pouvoir, avant de céder aux pressions des lobbies commerçants. Selon les analystes, les Etats rebelles devraient rentrer dans le rang une fois les résultats perceptibles dans les autres régions.

INDIA-POLITICS-RETAIL

La TVA est prélevée sur 550 produits, dont 270 de première nécessité qui seront taxés à 4 %, et les autres à 12,5 %. Une réforme très attendue par les marques tant locales qu’étrangères puisque, jusqu’ici, chaque Etat avait son propre système de taxation, compliquant singulièrement la distribution d’un même produit sur l’ensemble du territoire. En obligeant les commerçants à tenir des comptes plus rigoureux, la TVA devrait aussi s’avérer efficace pour lutter contre l’évasion fiscale.

Déjà appliqué dans 130 pays, le nouveau système doit surtout permettre aux autorités d’assainir les finances publiques. Seul gros handicap de l’économie indienne, qui croît en moyenne de 6 à 7 % par an, le déficit budgétaire cumulé (Etat central et Etats fédérés) dépasse les 10 % du PIB. Une situation due en grande partie au fait que l’Inde est l’un des pays les moins imposés au monde : alors que la classe moyenne compte entre 150 et 250 millions de personnes sur un total de plus d’un milliard d’habitants, seuls 35 millions d’Indiens payent par exemple l’impôt sur le revenu.

Recettes. La TVA, en augmentant les taux d’imposition dans certains Etats et surtout en limitant les fraudes fiscales, devrait assurer davantage de recettes pour les gouvernements régionaux. L’Etat central espère ainsi ne plus avoir à venir à leur secours, ce qui a pour effet de plomber son budget quasiment tous les ans, réduisant d’autant les investissements publics dans des domaines cruciaux comme la santé, l’éducation, ou les infrastructures. New Delhi compte ainsi pouvoir financer son programme de lutte contre la pauvreté, sur lequel s’était d’ailleurs fait élire le Congrès, l’an dernier.

PRAKASH Pierre