Le « parti du citoyen ordinaire » fait son come-back

 dans News Inde

L’Aam Admi Party (AAP, le Parti du citoyen ordinaire), qui s’était piteusement éclipsé de la scène politique au printemps dernier, pourrait faire un retour en fanfare à Delhi. Les élections parlementaires régionales se tiendront le 7 février dans la capitale indienne, qui n’a plus de Chief Minister depuis bientôt un an. Selon un dernier sondage réalisé par ABP News-Nielsen, l’AAP, le parti anti-corruption emmené par le vibrionnant Arvind Kejriwal, dépasse désormais le BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir en Inde. Les intentions de vote en faveur du parti du « citoyen ordinaire » ont bondi de 4 points à 50% depuis le 15 janvier. Dans le même temps, le BJP aurait reculé de 4 points.

AAP

La formation de Kejriwal bénéfice d’un retour d’affection de la part des musulmans et des basses castes. Sans compter les jeunes, toutes tendances confondues, qui avaient largement contribué à le porter au pouvoir en décembre 2013. Vendredi 30 janvier, alors qu’il faisait campagne dans un quartier du nord-est de la mégapole, Kejriwal a reçu une pluie de fleurs. Des étudiants en ingénierie avaient customisé un drone à cet effet. Des roses pour Kejriwal…

« Il reviendra, j’en suis sûr et ce sera une bénédiction pour Delhi », s’enthousiasme Ravi, chauffeur de son état et dalit (intouchable) de naissance. Et je ne suis pas le seul à le dire ». Selon lui, « Kejriwal avait fait du bon boulot, il avait notamment titularisé tous les jardiniers municipaux, tenant ainsi une promesse électorale, un phénomène rare ! » dit-il. Ravi reconnaît cependant avoir été déçu lorsque le chef de l’AAP avait brusquement démissionné en février dernier. Mais, ajoute-t-il, « il faut le comprendre, personne ne voulait de sa Jan Lokpal Bill (loi anti-corruption) ».

Les députés du parti du Congrès et du BJP avaient refusé d’examiner la Jan Lokpal Bill. C’était en février 2014, à quelques semaines des élections générales qui devaient propulser le BJP au pouvoir central. « Tous ces députés savent que si cette loi est examinée, leurs leaders finiront en prison », avait tempêté Kejriwal avant de rendre son tablier. Ajoutant : « Je ne renoncerai pas une fois au poste de Chief Minister, mais mille fois s’il le faut, pour lutter contre la corruption ». Aujourd’hui, il affirme devant ses supporters qu’il prêtera à nouveau serment le 14 février 2015, un an jour pour jour après avoir abdiqué.

Les gyrophares interdits

Arvind Kejriwal était devenu Chief Minister le 28 décembre 2013, après d’improbables marchandages entre son parti (arrivé second), le BJP (en tête) et le parti du Congrès. Peu féru de politique politicienne, se faisant un point d’honneur de vivre comme le citoyen lambda, il avait pris le métro pour se rendre à sa prestation de serment. L’hiver, il se promène avec son éternelle écharpe de laine autour de la tête, comme nombre de ses concitoyens. Il avait refusé un « bungalow », autrement dit une belle maison, dans le Lutyens Delhi, le quartier où se trouvent les merveilleuses résidences de la plupart des personnalités politiques. Il avait fini par accepter un appartement non loin de là. Dénonçant les « favoritismes », il avait interdit les gyrophares pour les véhicules gouvernementaux.

Il avait donc démissionné 49 jours plus tard, campant sur ses positions à propos de la Jan Lokpal Bill. Cela avait plombé son parti. Mais pas seulement cela. Après sa victoire à Delhi, l’AAP avait eu envie de transformer l’essai en victoire nationale. Avait-il les yeux plus gros que le ventre ? Encore une fois, on était en pleines élections générales.

Le réveil fut douloureux. Dès le mois d’avril 2014, les sondages sont implacables : l’Aam Admi Party court à la déroute. Envolés les espoirs de récolter des sièges à la Lok Saba, la chambre basse du Parlement indien ! Les stratèges du parti du citoyen ordinaire ont fait fausse route. On va de Charybde en Scylla. Des personnalités en vue commencent à quitter l’AAP (il y en a eu encore davantage récemment…)… En avril dernier, le journal en ligne First Post écrivait : « Qu’est-ce qui a fait dérailler l’AAP ? Il paie en grande partie l’échec de sa stratégie visant à monter en puissance et à s’étendre. Delhi avait été un envol extraordinaire, mais le parti n’a pas eu le souffle et la rapidité nécessaires pour se placer sur l’orbite qui lui aurait permis d’atteindre le reste du pays (…) Il a fait le mauvais pari, tout en sachant pertinemment qu’il n’était même pas à moitié prêt pour passer à l’échelon national ».

Et maintenant ? A défaut de prévisions, lesquelles seraient sans fondement, humons l’air… Il sent les roses, le jasmin et les œillets d’Inde qui ont été déversés vendredi sur Kejriwal.

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