«Jeter les bases d’une révolution du changement, des pratiques et de la pensée»

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Payal Parekh, de 350.org, à Tunis, le 23 mars.. (Photo Isabelle Rimbert pour Libération)

FORUM SOCIAL MONDIAL

Chaque jour, un militant présent à Tunis raconte son combat. Aujourd’hui, Payal Parekh, de l’ONG 350.org.

A l’occasion du Forum social mondial de Tunis, qui se déroule du 24 au 28 mars, où 70 000 participants de plus de 130 pays doivent se réunir pour proposer des alternatives à un monde dans l’impasse, Libération.fr se propose de prolonger le regard de militants. Chaque jour, et jusqu’à dimanche, retrouvez un témoignage, un combat, un espoir.

Aujourd’hui, Payal Parekh, 41 ans, de 350.org, Inde.

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«Je suis venue à deux journées de convergence climat 2015, qui se tiennent juste avant l’ouverture du Forum social mondial (FSM) de Tunis et où plus de 100 têtes de réseaux du monde entier se retrouvent pour trouver des stratégies et des tactiques avant le sommet de l’ONU de Paris en décembre. Non pas que je crois aux leaders, aux porte-parole ou aux hommes ou femmes providentiel(le)s. Trop souvent, dans ce genre d’enceinte, on parle beaucoup mais on agit peu. Trop souvent, on a le sentiment, sur le terrain, que face au changement climatique qui s’accélère, des gens qui n’ont rien sont prêts à tout perdre et à se battre pour sauver leur vie, quand nous, on a tellement, et on fait si peu. Trop souvent, ces paysans, ces pauvres, ces déplacés victimes du changement climatique ou de grands projets inutiles, ont envie de se battre sur le long terme alors que leur vie, à court terme, est dévastée. Cela force le respect.

«Depuis ma thèse au MIT de Boston sur la chimie des océans, je suis impliquée dans des mouvements de défense des droits humains. Contre la Banque mondiale qui a subventionné des barrages ayant entraîné des dommages irréparables en Inde. Pour trouver de l’argent et faciliter l’émancipation des plus jeunes via la scolarisation. Si la science peut nous aider, ce n’est pas elle qui résoudra les problèmes actuels, qui sont économiques, sociaux et, bien sûr, politiques. Le FSM, quels que soient ses défauts, a un mérite : permettre d’échanger, de s’engueuler, de converger. Il jette les bases d’une révolution du changement, des pratiques et de la pensée. Et malgré ses limites institutionnelles et fonctionnelles, il permet de nouer des campagnes nord-sud ou sud-sud. On y entend des choses que l’on n’entend nulle part ailleurs. Et qui donnent un surcroit d’énergie et d’enthousiasme. Sinon, autant baisser les bras. Même les services des renseignements militaires le disent aujourd’hui : on va tout droit vers la multiplication de conflits majeurs liés à l’accès aux ressources, comme l’eau ou l’énergie.

«En dépit de nos petits moyens, entre associations, mouvements sociaux ou ONG qui militons pour la justice climatique, on a connu quelques avancées, comme, par exemple, la lutte contre le gaz de schiste, que des pays ont abandonné, comme en Tunisie. On n’est pas toujours d’accord entre nous – et heureusement – sur le timing, les cibles et les modes d’action. Il n’y a pas de chemin unique pour arracher des avancées : on est tous d’accord pour le reconnaître. Avec 350.org, on travaille depuis 2012 sur une campagne essentielle : le désinvestissement des énergies fossiles. Objectif : mettre la pression sur les institutions, des fondations, des fonds d’investissement pour qu’ils arrêtent de financer les 200 plus grosses entreprises du gaz, du pétrole ou du charbon les plus pollueuses. Alors qu’on injecte plus d’argent dans l’expansion des combustibles fossiles, nous allons faire monter le ton pour le mouvement inverse. C’est plus que symbolique : c’est un combat contre les investissements immoraux. Oui, il s’agit d’affaiblir le pouvoir politique de l’industrie des énergies fossiles pour sortir de l’impasse climatique. Il faut retirer des capitaux du problème pour les injecter dans les solutions.»

Christian LOSSON (à Tunis)

http://www.liberation.fr/terre/2015/03/23/retirer-des-capitaux-du-probleme-pour-les-injecter-dans-les-solutions_1226907

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