Tata, saga indienne

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En Lorraine, où il produit des rails d’acier à Hayange, l’indien Tata fait figure de « gentil » face à son compatriote Mittal, qui a brutalement fermé les deux derniers hauts-fourneaux. Cela ne l’a pas empêché de se retirer en vendant sa filiale. En Inde aussi, la course à la rentabilité secoue la multinationale, qui a jusqu’à présent réussi à combiner paternalisme, nationalisme et capitalisme.

par Jyotsna Saksena, avril 2015

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« Des valeurs plus fortes que l’acier » : ce slogan du plus grand complexe sidérurgique indien, Tata Steel, souligne la singularité du groupe, premier conglomérat privé du pays. Les valeurs en question — confiance, fiabilité, responsabilité sociale — font écho aux principes édictés par son créateur, Jamsetji Nusserwanji Tata (souvent simplement appelé Jamsetji).

En Inde, tout le monde connaît la légende de la famille Tata, fondatrice d’un empire qui intervient dans quasiment tous les domaines de la vie : de l’agroalimentaire à l’informatique en passant par l’acier, la chimie, l’énergie, l’automobile, les cosmétiques… Impossible ici d’échapper aux produits conçus par le groupe. Pour la population, Tata reste associé à la construction nationale : il se confond avec l’évolution du pays et avec son destin économique depuis la fin du XIXe siècle.

Son histoire commence en 1868, lorsque Jamsetji se lance dans le textile après avoir quitté la société familiale d’import-export, active dans le commerce d’opium avec la Chine. Il forme ensuite en partenariat avec son fils aîné, Dorab, et son cousin, Ratan Dadabhai Tata, la compagnie connue aujourd’hui sous le nom de Tata Sons, holding principale du groupe. Proche du Parti du Congrès créé en 1885, dont Mohandas Karamchand Gandhi deviendra la figure marquante, Jamsetji se place d’emblée dans la perspective de l’indépendance. Convaincu que les libertés politiques dépendent de la puissance économique, il imagine des développements dans des domaines aussi variés que la sidérurgie, l’énergie et la recherche scientifique. Sa vision du développement et de la modernisation du pays est telle que, un demi-siècle plus tard, le premier ministre Jawaharlal Nehru le qualifiera de « commission du Plan à lui tout seul ». Ses projets ne verront le jour qu’après son décès en 1904.

Dès l’indépendance, un fleuron pour l’économie nationale

C’est sous les autorités coloniales britanniques que Tata crée ses premières entreprises dans l’acier, l’énergie, le ciment, l’huile, les (…)

http://www.monde-diplomatique.fr/2015/04/SAKSENA/52876

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