Etats-Unis: pourquoi les Indo-Américains sont-ils imbattables en orthographe?

 dans News Inde

Une année de plus, le concours national de «spelling» aux Etats-Unis a couronné des ados originaires de l’Inde. Suscitant interrogations et réactions racistes.

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Ils ont été capables d’épeler correctement «nunatak» et «scherenschnitte» : jeudi soir, en direct sur la chaîne sportive ESPN, Vanya Shivashankar, 13 ans, du Kansas, et Gokul Venkatachalam, 14 ans, du Missouri, sont devenus champions des Etats-Unis d’orthographe. Lancé en 1925, le concours des spelling bees (littéralement, les «abeilles qui épellent») réunit chaque année des millions de 10-15 ans. Très ancré dans la culture américaine, on le retrouve chez les Simpsons, dans South Park, ou encore dans un antique épisode des Peanuts de Schultz.

Contrairement à la tradition française de la dictée, où l’instrument de torture est l’imparfait du subjonctif, les Américains se concentrent sur l’orthographe des morphèmes les plus emberlificotés. Et quoi de plus alambiqué qu’un mot français ? Les finalistes ont correctement orthographié «bayadère», «consommé», «bordereau» ou «bruxellois». Mais ils se sont aussi joués des pièges de «lathyrism», «cocozelle» ou «cytopoiesis».

Une fois de plus, les Américains s’interrogent : pourquoi les desis (nom donné aux personnes originaires d’Asie du Sud) remportent-ils la compétition depuis huit ans ? La communauté représente moins de 1% de la population des Etats-Unis, mais depuis 1999, quinze des dix-neuf vainqueurs (en comptant les ex aequo) en sont issus. Comme six des sept finalistes de cette année. Le site de la chaîne CNN avance plusieurs explications, la première étant le niveau scolaire élevé des parents venus du sous-continent, conjugué à l’attention prêtée à l’éducation des enfants.

Pourtant, les commentaires racistes, déjà nombreux après la finale 2014, n’ont pas manqué sur Twitter, du genre: «Pourquoi les Caucasiens [blancs, ndlr] sont-ils exclus ?» Ou : «Le concours devrait être réservé aux Américains.» Certains médias soulignent cependant que les vainqueurs viennent de milieux favorisés, où la mère peut se permettre de ne pas travailler. «Les gagnants sont plutôt enfants de médecins et d’ingénieurs que d’ouvriers ou de chauffeurs de taxi», note la sociologue Shalini Shankar dans le Washington Post.

By the way, «nunatak» désigne un piton rocheux sur une calotte glaciaire. Et «scherenschnitte», l’art allemand du papier découpé.

François-Xavier GOMEZ

http://www.liberation.fr/monde/2015/05/31/etats-unis-pourquoi-les-indo-americains-sont-ils-imbattables-en-orthographe_1320147

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