Jesuthasan Anthonythasan, ex-combattant tamoul, vedette de la Palme d’Or « Dheepan »

 dans News France

L’acteur Jesuthasan Anthonythasan, un ancien combattant des Tigres tamouls réfugié en France, joue quasiment sa propre vie dans « Dheepan » du Français Jacques Audiard, Palme d’or surprise du 68ème Festival de Cannes.

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© MAXPPP L’acteur sri-lankais Jesuthasan Antonythasan (de gauche à droite), en compagnie du réalisateur Jacques Audiard, de l’actrice Kalieaswari Srinivasan et du président du jury Ethan Coen, le 24 mai, lors de la remise de la Palme d’Or au Film Dheepan
« Je ressemble à 50% à ce personnage », a confié à Cannes le réfugié politique, un ancien des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), qui l’ont enrôlé à 16 ans.
Il incarne Dheepan, un ex-soldat fuyant la guerre civile au Sri Lanka, avec une jeune femme et une petite fille qui se font passer pour sa famille. L’homme devient concierge dans une cité ultra-violente peuplée de dealers en banlieue parisienne et tente de créer un véritable foyer.
Avec son regard intense posé sur cet univers insolite pour lui, l’acteur joue un personnage peu loquace, qui prend soin de rester à l’écart des dangereux voyous du quartier et de maitriser ses émotions. Avant de se muer à nouveau en guerrier enragé pour protéger les siens.
Jouer, un bonheur
« Comme dans le film, j’ai rencontré de nombreuses difficultés lorsque je suis arrivé en France », a indiqué l’acteur, arrivé dans l’hexagone grâce à un faux passeport français. « J’ai même été pourchassé par la police dans les rues », raconte-t-il. « Jouer était difficile, mais un bonheur », dit le comédien, qui s’exprime en tamoul et avoue avoir encore du mal à maîtriser le français.

Son expérience d’acteur est encore très limitée. Elle a démarré par du théâtre de rue, avec des textes de propagande clamés durant ses jeunes années de combattant des Tigres.
En 2010, il avait obtenu un second rôle dans un film indien dont il a coécrit le scénario, « The dead sea » de Leeana Manimekalai. Le film censuré en Inde a été présenté dans une quarantaine de festivals. Jesuthasan Anthonythasan a fui son pays à dix-neuf ans et s’est installé en Thaïlande durant quatre ans, avant de rejoindre la France en 1993 à 25 ans.

Comme beaucoup de réfugiés, il multiplie les petits boulots (employé de supermarché, cuisinier, homme de ménage, domestique dans un hôtel d’Eurodisney) tout en prenant la plume sous le nom de Shobasakthi. Ses nouvelles, pièces de théâtre, essais politiques et critiques littéraires, sont publiés dans diverses revues en Inde, au Sri Lanka, et dans la communauté tamoule à l’étranger.

Son premier roman « Gorilla » raconte ses souvenirs d’enfant soldat. Et dans « Traitor », il raconte le massacre par le gouvernement sri-lankais d’une cinquantaine de prisonniers politiques en 1983. Son nouveau roman en tamoul aura pour toile de fond le Sri Lanka après le conflit qui s’est terminé en 2009.

« Officiellement la guerre civile s’est terminée en 2009. Mais même aujourd’hui, il y a encore des attaques armées contre des minorités au Sri Lanka. Nous ne savons pas combien de prisonniers de guerre ont été capturés par le gouvernement. Nous n’avons aucune nouvelle », a déclaré l’acteur à Cannes.
Ce n’est pas la première fois que Jacques Audiard révèle un acteur au grand public. Avant Anthonythasan, c’est l’acteur Tahar Rahim qui avait connu le succès dans « Le Prophète » grâce à Audiard.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/cote-d-azur/2015/05/25/jesuthasan-anthonythasan-ex-combattant-tamoul-vedette-de-la-palme-d-or-dheepan-731625.html

 

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