L’Inde à l’heure du boom éducatif

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Deuxième destination préférée des étudiants français en Asie, le pays a passé plus de 450 accords avec les établissements de l’Hexagone

 

 

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Lorsque, en  2010, l’Ecole de design de Nantes a proposé à Olivia Meillassoux (25 ans aujourd’hui) de terminer ses études par deux années en Inde, elle n’a pas hésité une seconde. Le partenariat avec une école de Bangalore, dans le sud du pays, venait tout juste d’être lancé :  » On était un peu des pionniers, des aventuriers, et c’est ce qui me motivait.  » Depuis, une quinzaine d’étudiants partent chaque année terminer leur master à l’India Studio de l’école, transféré depuis 2014 à New Delhi. Actuellement designer à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), Olivia Meillassoux n’a qu’une idée en tête :  » Repartir « .Avec 417 élèves français accueillis en Inde en  2011-2012, d’après les derniers chiffres de la Conférence des grandes écoles (CGE), et 1 785 au total en 2012-2013 selon le Quai d’Orsay, le sous-continent est leur deuxième destination préférée en Asie. La Chine caracole toujours loin devant, avec plus de 1 370 Français en séjour d’études, mais la CGE note pour l’Inde une augmentation de 37  % entre 2008 et 2012. Au ministère des affaires étrangères, on constate aussi des chiffres  » à la hausse, de pair avec l’augmentation du nombre d’accords d’échanges entre institutions françaises et indiennes « , privées et publiques : 470 partenariats actifs sont répertoriés aujourd’hui, allant du simple échange d’étudiants à l’implantation d’une antenne sur place, en passant par des doubles diplômes. La majorité des 1 300 visas étudiants (séjours et stages) délivrés par l’ambassade d’Inde en France en  2014 l’ont été pour des élèves d’écoles de commerce – surtout – et d’ingénieurs, mais les universités ne sont pas en reste, de même que des filières comme le réseau Polytech, des IUT ou Sciences Po.

Passé les difficultés liées à l’accent local dans la langue de Shakespeare, Olivia Meillassoux a découvert que  » le design, pensé de manière industrielle chez nous, peut l’être d’une façon très artisanale sur place « . Elle a appris une  » culture du système D et du fait main où l’on se doit d’être polyvalent dans la création d’un produit et innovant « . Pour qualifier  » ce mélange de débrouillardise et d’ingéniosité qui caractérise l’Inde d’aujourd’hui « , selon les termes du Quai d’Orsay, un même mot revient souvent : jugaad. Une qualité primordiale dans ce qu’Olivia ose appeler un  » bazar permanent « , » il y a toujours 90  % de chances que rien ne se passe comme on l’avait imaginé « .

Face à un business de l’enseignement supérieur en plein boom en Inde,  » trop d’écoles indiennes ne sont pas au niveau, estime Christopher Kripps, responsable des affaires internationales à Centrale Paris. Nous travaillons donc avec les meilleures. «  Excepté cinq ou six universités au rayonnement national – le pays en compte plusieurs centaines –, ce sont souvent vers les IIT (Indian Institute of Technology) et les IIM (Indian Institute of Management) que se tournent les formations françaises. Ils sont les équivalents des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs françaises. L’ultra-sélection à l’entrée de ces formations en fait des établissements d’élite.

Sarah Lemaire, 25 ans, a obtenu en  2014 le double diplôme liant l’Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec) de Cergy-Pontoise à l’IIM d’Ahmedabad, dans le nord-ouest de l’Inde. Comme elle l’espérait, Sarah Lemaire y a découvert un  » marché prometteur « , mais surtout  » un enseignement centré sur les pays en développement «  pas assez présent dans les formations françaises, selon elle. Au contact de cette  » élite étudiante poussée à l’extrême par les familles sur fond de méritocratie, on comprend mieux les aspirations de la société indienne, son évolution « , remarque-t-elle.

 » L’Inde est un pays qu’on a du mal à s’imaginer avant d’y être « , estime Marie Azuelos, chargée de mission Asie-Pacifique au service des relations internationales de Sciences Po. Afin de préparer la vingtaine d’étudiants candidats au départ chaque année, l’institution organise des rencontres avec les anciens ayant déjà fait le voyage, durant lesquelles sont abordées les difficultés que l’on peut rencontrer sur place. L’hygiène d’abord, avec un  » temps d’adaptation nécessaire avec l’eau ou la nourriture « . La place des femmes interroge aussi beaucoup.  » On leur explique que non, l’Inde n’est pas un pays “à risques”, mais qu’il faut être prudent et faire preuve de bon sens sur place, notamment parce que la femme occidentale fascine les Indiens.  » Cette préparation permet aussi d’anticiper le  » syndrome de l’Inde « , état de trouble psychique lié au choc culturel et à la perte de repères.

 » On ne peut pas, sur place, être indifférent à la pauvreté, le tout est de se distancier et ne pas se laisser submerger « , explique Marie Azuelos. De son côté, Olivia Meillassoux insiste sur un point, primordial à ses yeux :  » Ne surtout pas partir avec des préjugés. « 

Séverin Graveleau

© Le Monde

Showing 3 comments
  • Menestrey Sylvie et Patrick
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    Si nous pouvions nous procurer la liste des établissement s de la région parisienne qui ont signé une convention avec les villes visitées par Perspectives asiennes nous pourrions pour la prochaine visite en 2016 de nos amis indiens organiser une rencontre avec les étudiants français de ces écoles.De plus, si cela n’existe pas, nous pourrions amorcer des rapprochements. J ‘ai ,par exemple, à côté de chez moi à Ville d’avray un IUT qui dépend de paris 10 ainsi qu’une école de Design réputée à Sèvres. L’université de Versailles est très proche également. Si tu penses que ma suggestion a un intéret, je suis évidemment prete à t’aider dans ce projet cordialement

    • Menestrey Sylvie et Patrick
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      Peux-tu me dire si mes suggestions envoyées hier et aujourd’hui en réponse à l’article te sont parvenues ?
      je ne comprends pas comment fonctionne la procédure pour l’envoi des commentaires.
      Sylvie Ménestrey : tél.: 0145344423
      merci

    • Philippe Baudart
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      je viens de lire le commentaire, bien sur que je suis partant. jerentre à Paris demain soir, je te fais signe, on avance la dessus.
      Bien à toi

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