Le chinois Foxconn promet 1 million d’emplois aux Indiens

 dans News Inde
L’équipementier électronique taïwanais prétend vouloir construire dix à douze usines d’ici à 2020, ce qui laisse sceptiques les milieux d’affaires
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En Inde, les milieux d’affaires ont d’abord été sous le choc. Mais l’aplomb avec lequel Foxconn a annoncé son prochain débarquement dans le sous-continent est maintenant considéré comme un gros coup de bluff.  »  Personne n’y croit, en tout cas pas dans les proportions qui ont été avancées  « , commentait mardi 14  juillet un banquier de Bombay, laconique. Quatre jours plus tôt, le patron du géant taïwanais de l’électronique, Terry Gou, s’était rendu dans les studios de la chaîne NDTV Gadgets, à New Delhi, pour déclarer qu’il allait construire dix à douze usines dans le pays.  »  Je suis prêt, demandez à votre gouvernement, a-t-il lancé avec un air de défi, il y aura au moins un million d’emplois créés d’ici à 2020, peut-être davantage, pas seulement des emplois non qualifiés mais aussi des postes d’ingénieurs.  « 

Le chiffre est étourdissant, même dans un pays comme l’Inde, où la barre de 1,3  milliard d’habitants sera bientôt atteinte et où plus de dix millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail.  » Prévoir une chose pareille à l’horizon de cinq ans alors que personne n’a de visibilité économique en Inde, ne serait-ce qu’à deux ans, cela fait doucement sourire « , commente un diplomate.  » A titre de comparaison, l’ensemble des entreprises françaises emploient aujourd’hui moins de 300 000 personnes en Inde, dont 86 000 chez Cap Gemini « , rappelle-t-on chez Business France.

Foxconn s’engage en réalité dans un rapport de force avec le gouvernement Modi, lequel a fait de l’attraction des investisseurs étrangers le fer de lance de sa politique économique sous le label  »  Make in India  « .  »  Chiche  « , lui répond en quelque sorte le Taïwanais.  »  Modi pousse au développement de son pays, j’aime ça. Mais si nous avons la ferme intention de venir en Inde, ce n’est pas un choix à sens unique, votre gouvernement doit aussi nous aider  « , a expliqué Terry Gou à la télévision, avant de préciser que les futures usines seront implantées  »  dans les régions qui se montreront les plus accueillantes  « . Les négociations seraient, d’après lui, bien avancées dans l’ouest du pays, au Maharashtra, au Gujarat et dans le sud, au Andhra Pradesh.  »  Il y a dix ans, les politiques n’étaient pas aussi ouverts  « , assure-t-il, se souvenant du premier site de production indien de Foxconn ouvert à Chennai, dans l’Etat du Tamil Nadu dans le sud de l’Inde, en  2007… et fermé début 2015 en raison des difficultés de son principal client, Nokia.

Les faiblesses du paysLe patron de Foxconn connaît bien les faiblesses de l’Inde, telles que l’état souvent déplorable des infrastructures ou l’imprévisibilité macroéconomique. Les grands groupes étrangers sont par exemple très inquiets de l’harmonisation des taux de TVA – pour l’instant différents dans chacun des 29 Etats de l’union indienne – annoncée pour avril  2016.  »  Personne ne sait si cette échéance sera tenue ni quelle forme prendra le nouveau dispositif, si bien que les entreprises sont obligées de faire des simulations à l’aveugle  « , rapporte notre diplomate.

Foxconn, qui est connu pour fabriquer les iPhone et iPad d’Apple, assure que l’idée n’est pas de déménager de Chine, où il compte peu ou prou un million d’employés, même si la récente révision à la baisse de la croissance chinoise et les turbulences que connaît la Bourse de Shanghaï, ajoutées à la hausse des coûts salariaux, pourraient l’y inciter.  »  Nous voulons produire en Inde pour vendre en Inde. Vous avez des logiciels, vous avez des contenus, vous avez maintenant besoin d’équipements électroniques  « , a souligné Terry Gou face aux caméras de NDTV Gadgets.

Quelle que soit l’ampleur de ses intentions, Foxconn n’entend pas se cantonner au rôle d’équipementier et souhaite développer des activités de contenu. A la recherche de partenaires locaux, il a déjà pris langue avec la société de e-commerce Flipkart et le réseau publicitaire InMobi.

Début juillet, le groupe taïwanais a également posé les jalons d’un futur incubateur d’entreprises qui pourrait être installé dans le sud du pays, à Bangalore, et dont l’objectif sera de prendre des parts dans des sociétés de services dématérialisés. Terry Gou, qui n’a décidément peur de rien, évoque un investissement de 20  milliards de dollars (18  milliards d’euros).

Une somme équivalente à celle qu’il a annoncé vouloir par ailleurs investir, avec le japonais SoftBank et l’indien Bharti Enterprises, dans l’énergie solaire indienne au cours des dix prochaines années. C’est ce qu’on appelle être maître dans l’art des effets d’annonce. – (Intérim.)

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20150716/html/1210113.html

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