MONDOVISION. L’autre monde des Brics

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Russia's President Vladimir Putin (L), Indian Prime Minister Narendra Modi (3rd L), Brazil's President Dilma Rousseff (4th L), China's President Xi Jinping (6th L) and South Africa's President Jacob Zuma (R) walk after a welcome ceremony in Ufa on July 9, 2015 at the start of the 7th BRICS summit. Leaders of the BRICS (Brazil, Russia, India, China and South Africa) group of emerging powers gathered in Ufa on Thursday to discuss regional and global issues, including the Syria conflict, threat of the Islamic State group, the situation in Greece and Iran's nuclear programme. AFP PHOTO / ALEXANDER NEMENOV

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« Un autre monde est possible », proclamaient les altermondialistes des années 1990 lors des grands rassemblements en marge des sommets du G7 ou de l’Organisation mondiale du commerce. Cet « autre monde » est-il en train de se construire autour des Brics, les principaux pays émergents regroupés autour de cet acronyme imaginé initialement par la banque d’affaires Goldman Sachs ? Les leaders du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud se sont retrouvés les 8 et 9 juillet à Ufa, en Russie, pour leur septième sommet, avec toutes les apparences d’une organisation parallèle mondiale.

Les Brics, qui regroupent 40% de la population mondiale et 20% du PIB planétaire, répartis sur trois continents, constituent la première tentative de créer des structures alternatives à celles dominées par les Occidentaux depuis l’effondrement du bloc soviétique à la chute du mur de Berlin. Ils ont leurs sommets annuels, leur banque de développement qui verra le jour début 2016 et échappera à l’emprise du dollar, et il existe même une alliance militaire « cousine », l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), créée à l’initiative de Pékin et de Moscou, regroupant toute l’Asie centrale ainsi que l’Inde, et même l’Iran en tant qu’observateur.

« Les Brics et l’OCS, main dans la main pour aller plus loin », titrait récemment « le Quotidien du peuple », organe du Parti communiste chinois. L’OCS a d’ailleurs tenu un sommet à Ufa dans la foulée de celui des Brics.

Un bloc disparate

S’il s’agit incontestablement d’un « bloc » destiné à échapper à la mainmise occidentale, et surtout américaine, sur les grandes institutions comme le FMI ou la Banque mondiale, ce n’est pas un monde parallèle. Ces cinq pays sont tous engagés de plain-pied dans la mondialisation, à commencer par le plus gros d’entre eux, la Chine, et ils ne sont pas porteurs d’un modèle différent :

  • ni politique, puisqu’ils vont de démocraties, comme le Brésil ou l’Inde, à des nuances d’autoritarisme comme en Russie et en Chine ;
  • ni économique, étant tous convertis à l’économie de marché plus ou moins contrôlée.

De plus, les contradictions entre les Brics sont légion : ainsi, l’Inde a vainement tenté à Ufa de marquer des points contre le Pakistan, protégé de Pékin ; et leurs échanges commerciaux ne sont pas exempts de conflits et de protectionnisme, comme entre le Brésil et la Chine.

Et qui fait contrepoids

Il n’empêche, l’émergence des Brics fait contrepoids à une Amérique toute-puissante. Vladimir Poutine y trouve par exemple, en particulier auprès de son grand « ami » Xi Jinping, l’oxygène dont veulent le priver les sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne.

La Chine, superpuissance en devenir, y voit un relais d’influence pour rompre ce qui apparaît, vu de Pékin, comme une stratégie américaine de containment, d’endiguement, comme au temps de la guerre froide. Et les liens militaires entre certains d’entre eux représentent la seule alternative à l’Otan, qui a considérablement étendu son champ opérationnel depuis la disparition de l’URSS.

Avec leurs limites, leurs contradictions, leurs fragilités, les Brics modifient les rapports de force internationaux dans un sens défavorable à Washington. Ce n’est pourtant ni la reproduction de la logique bloc contre bloc de la guerre froide ni même l’émergence d’un « autre monde », en termes de modèle et de valeurs. De ce point de vue, le slogan des altermondialistes reste entier : si « un autre monde est possible », ce n’est pas vraiment du côté des Brics qu’il est en train d’émerger.

Pierre Haski

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150715.OBS2626/mondovision-l-autre-monde-des-brics.html

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