Nano : Ratan Tata fait son mea culpa

 dans News Inde

L’article ne dit rien de bien neuf, mais les réactions sont très intéressantes. J’ai ainsi appris ce qu’était un haillon.

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L’ancien patron du conglomérat indien reconnaît avoir commis “une grosse erreur” en voulant mettre sur le marché la voiture “la moins chère du monde”.

Ratan Tata est décidément un patron pas comme les autres. Toujours considéré comme le parrain du monde des affaires en Inde, bien qu’il se soit retiré des siennes fin 2012, passé l’âge de 75 ans, l’ancien PDG du conglomérat Tata vient de se livrer à un mea culpa retentissant. Tout le monde se souvient du lancement de la Nano, la voiture “la moins chère du monde”, pour laquelle Tata Motors, la branche automobile du groupe familial, s’était livrée à un battage médiatique planétaire, en janvier 2008 ? Et bien c’était “une grosse erreur” de marketing, reconnaît aujourd’hui Ratan Tata. “Nous aurions mieux fait d’employer l’adjectif “abordable”, a-t-il déclaré mercredi 15 juillet, en marge d’une conférence à laquelle il participait à Madras, capitale du Tamil Nadu.

“La Nano a été imaginée pour le peuple mais elle n’a jamais réussi à atteindre celui-ci. Elle était destinée à être disponible dans toute l’Inde à travers notre réseau de concessionnaires mais nous avons fait une flopée d’erreurs”, a-t-il déclaré publiquement. “Le fait de dire de la Nano qu’elle était la voiture la moins chère du monde a eu un impact négatif sur le marché automobile, a-t-il ajouté, les gens ne voulaient pas être vus au volant d’un tel véhicule. Je pense que c’est cette plus grave défaillance jamais commise qui a empêché ce modèle d’atteindre les objectifs qui avaient été fixés”.

Ratan Tata s’en mord encore les doigts et n’hésite plus à le montrer. Au moment de son départ en retraite, il s’était contenté de dire que son entreprise “n’était pas prête à commercialiser la Nano comme il l’aurait fallu”. Aujourd’hui, il bat sa coulpe, sans doute pour mieux se souvenir, avec nostalgie, de ceux qui ont conçu la Nano : l’âge moyen de l’équipe était de 25-26 ans et c’était une aventure “exaltante” que d’essayer de produire une voiture qui puisse être vendue “pour un lakh” (100.000 roupies, soit 1800 euros à l’époque), rappelle-t-il.

En Inde, la Nano est devenue une voiture un peu maudite. A la dernière minute, sa production a du être transférée du Bengale Occidental au Gujarat, en raison de la fronde des paysans qui refusaient de céder leurs terres à l’usine Tata. Faute de budget publicitaire à la sortie des chaînes, la voiture la moins chère du monde devient en fait la voiture des pauvres. Les Indiens répugnent à rouler au volant d’un véhicule qui laisserait à penser qu’ils n’ont pas assez d’argent pour s’acheter une “vraie” voiture. Et puis les crash tests montrent rapidement les limites du concept en termes de sécurité.

Les ventes s’avèrent catastrophiques : Ratan Tata rêvait d’écouler un million de Nano par an, ses compatriotes en achèteront 263.000 en six ans. En janvier 2014, le groupe tente de rebondir et lance la Twist, une version un peu plus haut de gamme. Moins rurale, plus citadine. Il vise désormais la production de 500.000 unités par an. Hélas, la situation ne fait qu’empirer. Les ventes tombent à 1.000 véhicules par mois et l’usine Nano des faubourgs ouest d’Ahmedabad est placée en chômage technique. Il y a quelques semaines, Tata Motors a démarré ce qui ressemble fort à un baroud d’honneur : la production d’une troisième version, GenX, dotée cette fois d’un hayon. Prix de vente du modèle de base : 1,99 lakh (2900 euros).

http://blogs.mediapart.fr/blog/guillaume-delacroix/180715/nano-ratan-tata-fait-son-mea-culpa

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