L’Inde à Bâle : une absence embarassante

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Visitors walk on June 11, 2013 past artwork artwork by Indian artist Sudarshan Shetty, entitled "Path to Water", during a preview day for the Art Basel 2013, the world's premiere modern and contemporary art fair, which will take place from June 13 to 16 in Basel. More than 60,000 art collectors, art dealers, artists, curators and art lovers are expected to attend the annual meeting. AFP PHOTO/ FABRICE COFFRINI RESTRICTED TO EDITORIAL USE, MANDATORY CREDIT OF THE ARTIST, TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION

La plus grande foire d’art contemporain s’est tenue à Bâle en Suisse, comme tous les ans, en juin. Le gotha du milieu s’y donne rendez-vous pendant quelques jours et plus particulièrement pendant les journées très privées qui lui sont réservées, journées souvent suivies de diners grandioses offerts par les galeristes à l’affût de celui ou celle qui signera un chèque de plusieurs millions de dollars pour acquérir une œuvre exceptionnelle, parfois historique, souvent contemporaine.

Depuis 1970 et sa première édition organisée sous la baguette du légendaire galeriste Ernst Beyeler, la foire n’a cessé de grandir et de se transformer. Cette année, 284 galeries ont été sélectionnées par un comité composé de 5 personnes vivant à Genève, New York, Berlin, Turin et Zurich. Deux galeries indiennes figurent parmi les privilégiés : la galerie Chemould Prescot Road de Bombay et la galerie SKE de Bangalore, soit à peine 1 % de la sélection. A l’exception d’une artiste, Sakshi Gupta, présentée par une galerie londonienne, elles sont venues présenter 7 artistes indiens. Sur 1496 artistes, 8 étaient donc indiens, soit 0.5 % des artistes exposés. On a pu voir 4 d’entre eux à la fois sur les 2 stands indiens et simultanément sur 6 autres stands : Shilpa Gupta, Jitish Kallat, Bharti Kher et Sudarshan Shetty, une ambassade que l’on retrouve très souvent sur les foires et expositions internationales, comme s’il n’y avait qu’eux d’ailleurs. On n’a pu trouver les 3 autres, Reena Kallat, Pors & Rao et Atul Dodya que sur leurs 2 stands nationaux.

Alors que j’entends professionnels et journalistes dire depuis plusieurs années : « l’art contemporain indien va exploser sur les marchés internationaux », « il est nouveau et original », « il entre dans les grandes collections privées et publiques », « il est l’avenir du jeune collectionneur », il est le grand absent de la plus grande foire d’art contemporain au monde qui fait et défait les réputations, et les ventes aussi.
L’Inde est certes bien loin de l’Europe. La scène artistique indienne est peu organisée, pour ne pas dire désorganisée. A part en Inde, il y a peu d’opportunités de voir le travail d’artistes indiens. Il existe pourtant des centaines d’artistes talentueux, jeunes et moins jeunes, qui ne demandent qu’à être connus. Les galeries internationales manquent-elles de curiosité ? Sont-elles trop préoccupées par les ventes « attendues » ? Ont-elles perdu le goût d’exposer des inconnus, celui de traquer les nouveautés ? Les galeries indiennes sont-elles à la hauteur du défi international ? Sont-elles capables de découvrir la perle rare ? Sont-elles capables de la montrer, voire de la vendre à l’étranger ?
Je crois personnellement que très peu de galeries indiennes jouent le jeu. Peu sont professionnelles. Peu ont la volonté de découvrir les perles rares. Peu ont la capacité de prendre le risque essentiellement financier d’organiser des expositions en dehors du sous-continent. Elles se contentent trop souvent du marché local dans leur immense majorité, un marché fait d’acheteurs trop souvent sous-exposés à l’art en général et l’art contemporain en particulier. Elles vivotent, elles ne cultivent pas l’écosystème que mérite le pays.INDE-ART-BALE-GUPTAŒuvre de l’artiste indien Shilpa Gupta, « Untitled » (rock), 2012. (Crédit : DR)
pour en savoir plus
https://asialyst.com/fr/2015/09/04/inde-a-bale-une-absence-embarassante/

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