Entretien avec André Cervera sur son projet « Faiseurs d’images » en Inde

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Entretien avec André Cervera sur son projet « Faiseurs d’images » en Inde

Le peintre sétois André Cervera part en Inde pour trois mois afin de finaliser son projet « Faiseurs d’Images ». A la manière de nos troubadours, les artistes Chitrakar partent de village en village enseigner l’histoire en chantant leurs peintures sur rouleaux de papyrus. L’artiste va réaliser des œuvres à 4 mains qui seront exposées en Inde et France. Une manière de mettre en lumière une pratique menacée. Il se confie en exclusivité pour l’Art-vues.

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Vous séjournez souvent en Inde, d’où vous vient cet amour pour ce pays ?
J’ai toujours aimé voyager pour me rapprocher des autres cultures, en Afrique, au Japon, en Chine, j’ai commencé dans les années 90. La première fois que je suis allé en inde en 2000 je suis tombé amoureux de ce pays, de sa religiosité, de sa multiplicité, des couleurs, des odeurs. J’ai fait un grand tour tout seul : Pondichéry, Calcutta, Bombay, dans le Karnataka. Musulmans, hindous, chrétiens, bouddhistes, religiosité et hospitalité, partout j’ai rencontré la tolérance. J’y suis retourné pendant six mois, en 2004, j’ai fait une exposition sur place. C’est à cette occasion que j’ai rencontré une famille de Chitrakar qui a exposé avec moi.

Parlez-nos des Chitrakar, ces artistes particuliers…
Je ne savais pas que cette pratique continuait. Les Chitrakar, faiseurs d’images en sanskrit ou peintres-troubadours sont des agriculteurs peintres qui partent en dehors de la période de leurs travaux. Ils ont de village en village en déroulant leurs rouleaux peints, pour transmettre l’hindouisme dans les endroits les plus reculés, qui n’ont pas accès à la culture, qui n’ont pas d’école.
Cette pratique existe depuis plusieurs siècles, mais comme les rouleaux sont fragiles, les plus anciens n’ont que 150 ans. Les villageois leur offraient le gite et le couvert, ils n’étaient pas payés. Les rouleaux ne se vendaient pas ils se transmettaient de génération en génération.
Dans les années 70, avec l’apparition de la télévision, les Chitrakar ont failli disparaitre. Ils ont été sauvé par Indira Gandhi qui a créé un ministère de la culture et a fait recensé toutes les pratiques traditionnelles. Cet art s’apparente au folk art. Des marchands se sont intéressés à leurs peintures, les artistes vendent pour promouvoir leur travail. La pratique a un peu évoluée. Ils se servent de papier marouflé et de pigments plus pérennes.

A côté des thèmes classiques apparaissent des thèmes actuels comme les tsunamis ou l’attentat du 11 septembre. Swarna, s’est rendue compte de la force communicative de ces peintures, c’est pour cela qu’elle a introduit les problèmes de société. Elle a compris ce que je voulais faire. Sa fille peint également.

Comment avez-vous travaillé ?
Nous avons travaillé sur nos imaginaires croisés, on part de son univers et on entre dans le mien. Là je vais lui proposer les attentats du 13 novembre, Saint-Georges et le dragon, je collecte des mythologies de chez nous. Ce qui intéresse Swarna, c’est d’entrer avec moi dans notre civilisation. Mais il y aura aussi une part importante d’improvisation.
Nous serons suivis par le cinéaste indien Supriyo Sen qui va réaliser un documentaire de 26‘ sur ce projet. Je vais rester un mois en immersion totale dans le village et un mois en atelier à Calcutta avec elle. Le séjour s’achèvera une exposition à l’Institut français de Calcutta et ensuite dans ceux d’autres villes en Inde. Et sans doute à Paris à mon retour.

Quels sont vos soutiens sur ce projet ?
J’ai des partenariats financiers publics, La Région Languedoc-Roussillon, La Réserve de l’Aca, la mairie de Sète. J’ai également un partenaire privé, très important, Pierre Montagne. Sans ces soutiens financiers je n’aurais pas pu réaliser ce projet.

Recueilli par Marie-Christine Harant

www.andre-cervera.com

http://www.lartvues.com/2015/12/11/entretien-avec-andre-cervera-sur-son-projet-faiseurs-dimages/

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