Inde : un quart de la population est touché par une grave sécheresse

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Après deux années d’une faible mousson, au moins le quart de la population indienne doit faire face à la sécheresse, a reconnu mardi 19 avril un avocat du gouvernement indien devant la Cour suprême. Dans l’est de l’Inde, une centrale thermique à charbon a cessé de fonctionner pendant dix jours par manque d’eau de refroidissement en provenance d’un canal relié au Gange.

A l’autre extrémité du pays, dans l’Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale, des trains spéciaux ont été affrétés pour approvisionner en eau plusieurs districts ruraux. Les réservoirs de cette région ne sont remplis qu’à 19 %, contre 32 % à la même date il y a un an. La Haute Cour de justice de Bombay a dû ordonner, mi-avril, aux autorités organisatrices du championnat de cricket d’organiser temporairement leurs matchs au-dehors de l’Etat pour éviter l’arrosage des terrains, qui consomme 6 millions de litres d’eau.

La sécheresse risque d’entraîner une hausse du nombre de suicides chez les paysans endettés

Dans un pays où le secteur agricole fait vivre 600 millions d’habitants, et dont la croissance n’a pas dépassé 1,1 % l’année dernière, la sécheresse peut avoir des conséquences dramatiques. Elle risque d’entraîner une hausse du nombre de suicides chez les paysans endettés, une multiplication des « émeutes de l’eau » malgré l’interdiction des rassemblements publics dans certains districts et, enfin, des déplacements de population.

Les faibles précipitations de ces deux dernières années sont en cause dans cette sécheresse, mais pas seulement. L’Inde paie le choix d’une politique agricole centrée sur la hausse des rendements au détriment de la protection de ses ressources naturelles. C’est le cas de la culture du coton, forte consommatrice en eau, dans le Gujarat, un Etat pourtant très sec, ou encore de celle de la canne à sucre dans le Maharashtra. Cette dernière est cultivée sur 4 % des surfaces agricoles de l’Etat et absorbe 75 % de sa consommation en eau. Si le Maharashtra est réticent à promouvoir d’autres cultures, c’est que la plupart des coopératives sucrières appartiennent à des hommes politiques.

Les nappes phréatiques sont les premières victimes de ces cultures rentables, mais fortes consommatrices en eau. L’agriculture représente à elle seule 80 % de la consommation en eau, alors que seule la moitié des surfaces cultivées est irriguée. Une véritable industrie de forage de puits a vu le jour, parfois favorisée par les autorités qui distribuent gratuitement aux paysans de l’électricité, ou du gazole au prix subventionné, pour l’utilisation de leurs pompes. « L’économie de la sécheresse » ou de « la rareté en eau », comme l’a théorisé Palagummi Sainath dans son ouvrage « Tout le monde aime une bonne sécheresse » (Ed. Penguin, 1996, non traduit), bénéficie à tous sauf aux paysans. Ces derniers dépendent de l’accès, parfois très coûteux, aux puits dont le forage bénéficie à une « mafia de l’eau », contrôlée par des hommes politiques locaux, qui usent de ce pouvoir pour étendre leur influence dans certains districts.

Mesures d’urgence

« C’est la responsabilité du gouvernement d’informer et d’alerter les Etats qui risquent d’avoir de plus faibles précipitations »

Les inégalités dans l’accès à l’eau reflètent les inégalités socio-économiques du pays. Ce sont les régions rurales qui sont touchées par la sécheresse, davantage que les centres urbains, suscitant parfois l’indifférence des autorités. En début de semaine, les médias ont été surpris d’apprendre que des centaines de litres d’eau avaient été déversées pour humidifier une route poussiéreuse avant la visite du dirigeant du Karnataka dans une partie de sa région touchée par la sécheresse.

Les autorités indiennes et locales ont multiplié les mesures d’urgence. L’eau potable a été rationnée, les forages de puits qui dépassent une profondeur de 60 mètres ont été interdits, des trains de wagons-citernes ont été affrétés. Le gouvernement a également ordonné aux banques publiques de rééchelonner le remboursement des prêts agricoles et a décidé d’accélérer le paiement des salaires dans le cadre du programme de garantie nationale des emplois ruraux (NREGA) qui assure 100 jours de travail par an aux foyers ruraux.

Les juges de la Cour suprême ont toutefois critiqué le manque de préparation et l’apathie du gouvernement indien. « C’est la responsabilité du gouvernement d’informer et d’alerter les Etats qui risquent d’avoir de plus faibles précipitations », ont averti les juges. Une ONG avait saisi la Cour suprême pour obtenir une hausse des fonds alloués au NREGA, afin de venir en aide aux paysans touchés par la sécheresse.

Avec le réchauffement climatique, les scientifiques prédisent une aggravation des risques de sécheresse, avec une mousson aux précipitations plus intenses mais sporadiques. Ce sont donc les méthodes d’irrigation, de recharge des nappes phréatiques et le type de récolte cultivée qui vont devoir être profondément modifiés

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