Elections en Inde : Jayalalithaa ou l’éternel retour

 dans News Inde
En Inde, les élections des parlements des Etats fédérés sont étalées chaque année et le 16 mai prochain, c’est au tour du Tamil Nadu. Cette année en apparence, peu de mystère sur le résultat dans cet Etat fédéré à la pointe sud-est du pays. La favorite est encore une fois J. Jayalalithaa, ministre en chef sortante et leader de l’AIADMK, l’un des deux partis dravidiens qui dominent la vie politique locale (voir notre article sur le sujet).
INDE-TAMIL-NADU-JAYALALITHAA-ELECTIONS-768x515
L’ancienne actrice dirige aujourd’hui « son » Etat comme une dame de fer, mais avec un charisme volontairement maternelle, qu’elle a forgé au cours de ses différents mandats. Surnommée « Amma », ou la « mère » en tamoul, elle possède toutes les cartes pour remporter une quatrième fois les élections au Tamil Nadu. Grandissime favorite, elle doit compter avec des coalitions rivales qui pourraient tirer leur épingle du jeu.

Contexte

Le parcours de J. Jayalalithaa est exceptionnel pour une femme politique en Inde. En 1982, cette actrice de cinéma rejoint l’AIADMK (All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam). Ce parti s’inscrit dans la mouvance dravidienne qui vise une société égalitaire pour les castes inférieures, ainsi que la fin de la domination du nord de l’Inde sur la politique et l’économie du sud du pays. L’incorporation d’éléments du nationalisme tamoul explique que les partis de cette famille politique n’existent vraiment que dans le Tamil Nadu.Jayalalithaa doit sa carrière à M.G Ramachandran, dit MGR, lui aussi acteur populaire dans la région. C’est lui qui en 1973 a créé l’AIADMK, né d’une scission avec le DMK (Dravida Munnetra Kazhagam) pour un souffle nouveau au mouvement dravidien, selon ses supporters. MGR devient ministre en chef du Tamil Nadu en 1977. C’est dans son giron que Jayalalithaa devient d’abord secrétaire à la propagande puis députée à la chambre basse locale. En 1987, à la mort de MGR, elle s’oppose à sa veuve Janaki Ramachandran. Cette dernière l’emporte et devient ministre en chef en 1988, mais Rajiv Gandhi, alors Premier ministre indien, impose la règle du « régime présidentiel » et le gouvernement central prend le contrôle du Tamil Nadu. Deuxième chance pour Jayalalithaa : elle conduit la campagne qui suit en 1989 en se réclamant de l’héritage de MGR. Elle est élue députée et s’impose comme la leader incontestée de son parti. En 1991, elle devient alors la première femme élue ministre en chef du Tamil Nadu.

Battue aux élections de 1996, Jayalalithaa se voit interdite de participation aux élections de 2001 en raison de sa condamnation à cinq ans de prison pour détournement de biens publics. Alors que l’AIADMK remporte la majorité, c’est O. Panneerselvam qui devient à sa place ministre en chef, mais son gouvernement est accusé d’être une marionnette de Jayalalithaa. Acquittée par la Haute Cour de Madras, elle redevient ministre en chef en mars 2002. Après avoir perdu les élections de 2006, l’AIADMK revient au pouvoir en 2011 et Jayalalithaa retrouve « son » poste pour la quatrième fois. Le 27 septembre 2014, elle est jugée et condamnée à 4 ans de prison pour corruption et fraude fiscale, mais est acquittée en appel le 11 mai 2015. Toujours ressuscitée, elle retrouve donc son siège à la tête du Tamil Nadu.

Audrey Durgairajan

Elections en Inde : Jayalalithaa ou l’éternel retour

Écrire un commentaire