«Produire un vrai thé coûte très cher»

 dans News Inde

Un magnat des affaires indien veut rendre à la plus célèbre des infusions ses lettres de noblesse.

topelement

Nirmal Sethia, le président du groupe Sethia, a une grande passion: le thé. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Nirmal Sethia, le président du groupe Sethia, était de passage à Genève cette semaine. L’homme d’affaires dirige un conglomérat actif dans l’impression sécurisée, le raffinage du sucre, l’électricité, la finance et l’immobilier. Mais c’est surtout pour le thé – sa grande passion – et sa société de thé haut de gamme Newby que l’homme d’affaires indien se déplace cette fois-ci. Entretien.

Quelles raisons vous amènent en Suisse?

Je viens souvent en Suisse. J’ai un chalet à Gstaad, des projets immobiliers dans le canton de Fribourg. En Inde, je suis un partenaire de Sicpa (ndlr: le principal fournisseur d’encre et de solution destinées à des billets de banque au monde, basé à Prilly). Quant à Newby, dont la filiale suisse se trouve à Ecublens, elle se développe en Suisse.

Pourquoi ce petit marché vous intéresse-t-il tant?

C’est un petit pays mais les gens ont de quoi s’acheter du thé de qualité et, surtout, il y a des touristes. Ils sont nos clients principaux en Suisse. Nos thés sont vendus depuis début mai chez Globus mais ils s’écoulent surtout dans les hôtels, au Beau-Rivage de Genève, au Lausanne Palace ainsi qu’à Gstaad, où nous prévoyons d’ouvrir une boutique en 2017.

Comment la consommation de thé évolue-t-elle en Suisse?

Les gens boivent toujours plus de thé dans le monde occidental car ils se rendent compte que la consommation excessive de café n’est pas bonne pour la santé. Quand il est bon, le thé est meilleur.

Mais, selon vous, la plupart des thés sont de mauvaise qualité?

Parmi les milliers de marques existantes, 99,9% sont contaminées (mauvais emballages, mauvaises conditions de production, etc.) ou n’ont pas de caractère. Même celles qui se présentent comme haut de gamme. Les gens rajoutent du lait, du sucre ou du citron car leur thé n’a pas de goût.

Nespresso se lance dans le thé de luxe. Qu’en pensez-vous?

Le café n’a rien à voir avec le thé. Nespresso a besoin de savoir-faire et de temps pour réussir à en faire un de qualité. Or il est très difficile d’avoir accès aux meilleurs thés car ils sont très rares.

Où se trouvent les meilleurs thés?

Dans certaines régions de Chine, d’Inde, de Taïwan ou encore du Japon.

Ils ne viennent donc pas du Kenya (principal exportateur en 2015)?

Non. Pour avoir du bon thé, il faut un bon terroir, ce qui est rare.

Comment se porte Newby, seize ans après sa création?

Nous sommes présents dans douze pays et distribués dans le monde entier. Nous ne gagnons cela dit pas d’argent, mais ce n’est pas le but en réalité. Nous voulons plutôt sauver la culture et l’art du thé, mise à mal depuis que le thé en sachets a été inventé en 1908. Nous ne gagnons rien car pour faire un vrai thé, ça coûte très cher. Le meilleur coûte entre 15 et 20 millions de dollars le kilo (sic).

Autant?

Le thé est bien plus fragile que le café. Le thé est comme un enfant qui doit être éduqué et protégé de ses ennemis principaux: l’excès de chaleur et l’humidité. Newby est la seule société au monde à avoir créé un laboratoire de conditionnement high-tech, à Calcutta. Car le thé, une fois cueilli, doit rester à l’air libre un minimum de temps et être parfaitement emballé (ndlr: Newby utilise des emballages hermétiques multicouches). Tout cela a un coût, car un bon thé est plus sophistiqué que le meilleur des Bordeaux.

Comptez-vous gagner de l’argent un jour avec Newby?

Le premier but est de sensibiliser les gens à l’art du thé. Ma fondation à but caritatif, et non lucratif, détient 45% des parts de Newby. Le reste appartient au groupe Sethia, qui fait des affaires sur d’autres secteurs. (TDG)

par Richard Etienne

http://www.tdg.ch/stichwort/autor/richard-etienne/s.html

Écrire un commentaire