En Inde, le gigantesque marché de l’eau attire les groupes français

 dans News Inde

Suez vient de remporter un nouveau contrat à Calcutta pour la distribution en continu d’eau potable à 200 000 habitants. De nombreuses villes lancent actuellement des appels d’offres pour améliorer leurs infrastructures.

LE MONDE ECONOMIE (Bombay, correspondance)

Le groupe Suez creuse l’écart dans la course qui l’oppose à Veolia sur le marché de l’eau en Inde. Arrivé dans le sous-continent il y a trente ans alors que son concurrent, également français, n’y a débarqué qu’au tournant des années 2000, Suez vient de remporter un contrat dans le domaine de l’eau potable à Calcutta.

L’entreprise est chargée d’améliorer le système d’adduction (conduite de l’eau de la source à son lieu de consommation) de Cossipore, un quartier de la capitale du Bengale-Occidental comptant 200 000 habitants et baigné par les eaux de l’Hooghly, l’un des bras majeurs du delta du Gange.

Ce projet est soutenu financièrement par la Banque asiatique de développement. Le groupe a trois ans pour ramener de 60 % à 20 % le taux de fuites dans les 150 kilomètres du réseau par l’installation ou le remplacement de 25 000 branchements et compteurs d’eau potable. Il aura ensuite trois ans supplémentaires pour faire passer Cossipore d’une alimentation en eau intermittente à une alimentation vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le montant du contrat s’élève à 30 millions d’euros.

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Suez échaudé par un contrat avec la ville de Bombay

Ce contrat marque un retour à la prudence pour une entreprise arrivée en Inde sous les couleurs de Degrémont, sa filiale spécialisée dans les opérations de construction et d’exploitation d’usines de traitement des eaux usées. Il y a deux ans et demi, Suez s’était en effet aventuré à proposer des services à la ville de Bombay afin d’aider la régie municipale, l’une des plus grosses au monde, à fournir l’eau en continu à 12 millions d’habitants dans une agglomération qui en compte 21 millions. Ce contrat de 40 millions d’euros n’inclut ni travaux ni gestion du réseau. L’entreprise y est payée à la performance, une notion suffisamment vague pour que la municipalité fasse traîner ses règlements.

« Le contrat est aujourd’hui exécuté à 20 % au lieu de 50 % en raison de procédures administratives extrêmement lentes », indique sur place Christophe Anselme, responsable du projet. A la différence d’une concession où l’entreprise privée se rémunère auprès des consommateurs (comme à New Delhi, où Suez gère l’eau du quartier de Malviya Nagar depuis cinq ans), le projet de Bombay est soumis au bon vouloir des pouvoirs publics et doit, en attendant, assumer seul ses frais fixes. Dans ce contexte, le groupe français va y réduire la voilure d’ici à la fin décembre. Mais « Bombay est l’un des marchés les plus actifs au monde, nous ne pouvons pas ne pas être présents », estime Christophe Anselme.

« Dorénavant, nous privilégierons les marchés classiques de construction et d’exploitation, confie Pierre-Yves Pouliquen, directeur général délégué du groupe chargé de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Inde. A cet égard, Calcutta s’inscrit dans le droit fil de notre contrat de Bangalore [une ville du sud du pays], avec des travaux et des services payés à l’avancement. » Seule nouveauté : les marchés portent moins sur les usines de traitement que sur les tuyaux enterrés sous la chaussée.

Améliorer « la qualité du traitement », une priorité

Deux autres villes ont récemment lancé des appels d’offres semblables : Chandigarh, la capitale du Pendjab et de l’Haryana, qui a pour ambition de recycler ses eaux usées avec le soutien de l’Agence française de développement, et Pune, le hub automobile proche de Bombay, qui prévoit d’équiper tous ses bâtiments de compteurs intelligents avant de remettre à neuf ses canalisations.

« Les grandes métropoles indiennes ont actuellement deux priorités : augmenter la capacité d’adduction d’eau des quartiers mal ou pas encore desservis, et se mettre en conformité avec une nouvelle réglementation sur la qualité du traitement de l’eau mise en place début 2016 », observe M. Pouliquen.

C’est de ce côté-là que Suez voit son avenir dans le pays, comme l’illustre le récent démarrage de la construction d’une station d’épuration à Colaba, le quartier colonial de Bombay, ou la prise de contrôle, en début d’année, de la société Driplex, qui propose des dispositifs de traitement à l’industrie.

Doubler les capacités de l’Inde d’ici à 2025

Les besoins dans le pays sont énormes. D’après les calculs de l’agence Business France, les grands centres urbains devront, d’ici à 2025, doubler les capacités de leurs infrastructures d’approvisionnement, de traitement et de stockage. « Dans quinze ans, plus d’un Indien sur quatre, soit 300 millions d’individus, vivra en ville, c’est la plus forte croissance urbaine de la planète », note M. Pouliquen.

Face à ce défi gigantesque, Suez ne pèse pas lourd. Cette année, son chiffre d’affaires dans le sous-continent devrait tourner autour de 100 millions d’euros, alors que le marché de l’eau potable est estimé à 3 milliards d’euros et celui des eaux usées à 700 millions d’euros. Le groupe, dirigé par Jean-Louis Chaussade, affirme distribuer 5 milliards de litres d’eau potable à plus de 44 millions d’Indiens chaque jour. Veolia, présent notamment à Madras, Nagpur et Jamshedpur, la ville industrielle du sidérurgiste Tata, revendique, lui, la desserte de 5 millions d’habitants.

  • Intérim (Bombay, correspondance)

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